Après le cri d'alarme des juges pour enfants, ce sont les avocats et les éducateurs qui témoignent de leurs difficultés au quotidien.
- Me Ariana Bobetic a vu rouge en découvrant que l’enfant d’une cliente, pour lequel une mesure éducative a été ordonnée, n’avait toujours pas vu d’éducateur après des mois d’attente. « Tout le monde a conclu que cet enfant était en grave danger mais la mesure n’a pas pu se mettre en place avant 12 mois… Plus on attend, plus l’état de l’enfant s’aggrave », déplore l’avocate. Le bâtonnier, Valérie Grimaud, avait alerté les parlementaires qui enquêtaient sur les moyens de l’Etat en Seine-Saint-Denis de la « catastrophe qui guettait la justice des mineurs ».
- Un éducateur de l’ASE s’est récemment vu confier deux jeunes, pour lesquels un juge avait ordonné une assistance éducative. « En principe, ils auraient dû être orientés vers les associations, mais les juges savent qu’il y a entre neuf et douze mois d’attente. Mais nous sommes aussi surchargés… Une des jeunes était déscolarisée. Elle commettait de telles violences qu’elle a été exclue des structures où elle avait été placée. J’ai fini par écrire au juge, pour lui dire que je n’étais pas en mesure de la suivre. En huit mois, la situation de cette jeune fille n’a donc fait l’objet d’aucune intervention. »
- Gilles Barthélémy, éducateur PJJ et délégué CFDT interco-justice sait que la frontière est fragile. En 25 ans, il a vu se détériorer la situation au tribunal. « On est passé de 12 à 15 juges, mais s’il n’y a pas assez de greffiers, ni d’éducateurs, plus assez de foyers, ça ne peut pas fonctionner. Ces délais participent indirectement ou directement au passage du statut de l’enfance en danger à celui d’enfant délinquant ». Il cite l’exemple d’une mère qui a attendu un éducateur pour son fils pendant six mois. « Entre-temps, l’adolescent a été viré de son collège et on l’a retrouvé au tribunal parce qu’il est impliqué dans une affaire de stupéfiants », constate l’éducateur.
- Dans le département, une éducatrice lâche : « Tous les matins, je me lève et je me dis : je vais faire ce que je peux. On est broyés. Je gère parfois plus de 35 situations. En janvier, plusieurs collègues partent. Comment va-t-on faire ? » Manque d’effectifs, manque de place d’accueils aussi : les difficultés s’accumulent. « Il est arrivé plusieurs fois qu’on laisse des bébés à l’hôpital, après leur naissance, durant plusieurs semaines. Ils devaient être retirés à leurs parents et placés. Mais on ne trouvait de place ni en famille d’accueil, ni en structure. »
Entre une "police de sécurité du quotidien" qui semble inexistante, des structures judiciaires et éducatives bien incapables de fonctionner, des satisfecits locaux invérifiables, on peut se demander si un jour la réalité du problème de la délinquance sera pris en charge.





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