Nous avons posé trois questions à Isabelle Cobos-Forster, artiste-peintre et auteure de l'exposition "portrait(s) du conservatoire", à voir en ce moment au CRD d'Aulnay.
MonAulnay : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Isabelle Cobos-Forster : Jusqu’en 2011 j’étais professeur d’arts plastiques dans un lycée de Meaux dans des classes spécialisées ‘lettres arts’. En parallèle, j’ai toujours beaucoup peint et dessiné et je fais régulièrement des expositions, dont une exposition personnelle à Gainville à Aulnay-sous-Bois en 2008. Depuis 2011 je me consacre à plein temps à ma pratique artistique. Aimant beaucoup transmettre j’ai donc gardé une activité d’enseignement puisque dès la rentrée de septembre 2013 je proposerai un cours dans le cadre de l’APSA. Ce cours d’arts plastiques sera inter-âges car je tiens beaucoup à décloisonner s’adressera à un public de 7 à 107 ans ! Mon objectif y sera de développer l’expression personnelle de chacun.
MonAulnay : Pouvez-vous présenter votre travail d'artiste ?
Isabelle Cobos-Forster : Le qualificatif de ‘figuration poétique’ ou ‘figuration énigmatique’ me paraît convenir assez bien à ma peinture.
Figuration car l’on y reconnait des formes, plutôt organiques. Souvent des visages mais qui ne sont pas des portraits à proprement parler car, comme le dit la formule : ‘’Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. ".
Poétique ou énigmatique par la distance au réel qui évoquerait plutôt des rêves, des souvenirs, des associations d’idées. La technique est pour moi un vecteur qui contribue à cette mise à distance du réel. Par exemple j’ai longtemps pratiqué le collage qui me permettait de créer des associations insolites. Actuellement je pratique moins le collage mais cette notion de collage est toujours présente dans mon travail car, à l’instar du peintre Surréaliste Max Ernst je pense aussi que : ‘…ce n’est pas la colle qui fait le collage’… mais plutôt l’idée d’associer librement les formes et les motifs. Mon goût pour les matières et pour des effets proprement picturaux qui ‘détruisent’ en quelque sorte la figuration me met également à distance du réel.
MonAulnay : Pourquoi cette exposition, "portrait(s) du conservatoire" ?
Isabelle Cobos-Forster : Ce projet est une sorte de parenthèse dans ma pratique artistique. Parenthèse qui m’a tellement apporté que je la renouvellerai certainement dans un contexte similaire ou différent. Cette exposition est l’aboutissement d’un projet qui me tient à cœur et que je mûris depuis un certain temps. Dans ma pratique artistique le portrait a toujours tenu une grande place mais je souhaitais que des portraits individuels soient réunis par un lien particulier. Ici c’est un lieu : le CRD d’Aulnay-sous-Bois. Je ne suis pas musicienne mais ce lieu m’attire, par son ambiance sonore bien sûr mais aussi par l’énergie qui s’en dégage, par le plaisir et le travail exigeant des musiciens. Ainsi, J’ai voulu saisir l’esprit de cette ‘ruche’ laborieuse à travers des portraits individuels et des vues plus générales.
Ce projet ne pouvait voir le jour qu’avec l’accord des usagers du conservatoire. Pendant un an j’ai investi divers lieux du CRD à la rencontre des musiciens et des danseurs : les élèves de tous âges, les professeurs mais aussi toutes les personnes qui travaillent au conservatoire. Je me suis adaptée à la durée des cours ou des séances de travail selon les âges. Les étudiants m’ont parfois accueillie durant plusieurs heures d’affilées. Je me suis aussi immiscée au cœur de l’orchestre pendant les répétitions. A ce propos, dans quelques peintures de groupes j’ai ‘anonymé’ certains visages par des bandeaux recouvrant les yeux. Cela correspond à une difficulté rencontrée durant ce projet. Un portraitiste doit avoir l’accord de ses modèles mais parfois, bien que chacun ait constaté ma présence sur la scène parmi les musiciens, les circonstances rendaient difficile un accord explicite de la part des musiciens. N’ayant pas toujours identifié les personnes portraiturées c’est la manière que j’ai trouvée pour contourner cet obstacle. J’ai décidé d’en faire une composante à part entière de certains tableaux.
Le portrait est une synthèse entre une apparence physique, un ressenti de la personnalité du modèle et les sonorités de l’instrument pour les portraits de musiciens. J’ai tenu à ce que chaque personne que j’ai pu portraiturer et qui m’avait donné son accord figure dans cette exposition.
En conclusion, et pour rassurer tous mes ‘modèles’, je pourrais citer cette phrase de Jean Toulet : « Il importe en peinture, que le portrait ressemble au modèle, mais non pas le modèle au portrait. »




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