BOBIGNY (AFP) — Un ouvrier de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois
(Seine-Saint-Denis) est menacé de licenciement en raison d'arrêts
maladie jugés trop fréquents, a-t-on indiqué de sources concordantes
vendredi, la CGT dénonçant une "chasse aux malades" dans cette usine.
L'entreprise
a confirmé que le salarié avait été convoqué vendredi à un entretien
préalable en vue de son licenciement et entendu "en raison d'absences
fréquentes et répétées", mais elle a refusé de préciser si ces absences
étaient liées à des arrêts maladies "tant que la procédure est en
cours".
Dans un courier daté du 8 avril, consulté par l'AFP, le
service des relations sociales prévenait Khalid El Haouari que s'il
devait présenter un nouvel arrêt, son contrat de travail serait rompu.
"On me reproche d'avoir été absent 120 jours en 2007 et 21 jours en
2008", a relaté l'ouvrier à l'AFP.
Dans un précédent courrier, la
direction explique que ses absences "génèrent des dysfonctionnements
d'organisation" de son atelier de montage.
Le Code du travail
interdit le licenciement d'un salarié malade ou handicapé à moins qu'il
ne soit déclaré physiquement inapte par le médecin du travail.
Selon
la jurisprudence de la Cour de cassation cependant, il est possible
pour une entreprise de le licencier si elle prouve que ses absences
répétées perturbent l'entreprise et entraînent son "nécessaire
remplacement définitif".
D'après la CGT, un système de "pools de
remplaçants" permet déjà de pallier aux absences des salariés (arrêts,
congés, formation) sur le site d'Aulnay (4.000 salariés et 400
intérimaires).
Embauché en 2001, M. El Haouari, 31 ans, affirme
avoir été arrêté à de nombreuses reprises depuis fin 2006 pour des
pathologies contractées sur le lieu de travail (tendinites, claquage au
dos) ou en dehors (fracture du pied, opération au nez).
Pour
Philippe Julien, délégué syndical CGT, il "fait partie de ces ouvriers
abîmés par le travail et les cadences, dont PSA voudrait se débarrasser
ensuite".
Notant la concomitance avec un entretien préalable à
sanction d'un autre salarié, et l'envoi de "dizaines de lettres aux
salariés qui ont des arrêts maladie", la CGT estime que PSA veut
"montrer aux salariés de quoi il s'agit: faire la chasse aux malades"
pour "leur faire accepter des cadences de travail encore plus dures et
les dissuader de se soigner par la crainte du licenciement".
Si la procédure de licenciement se poursuit, "nous irons aux Prud'hommes", prévient M. Julien.
AFP | le 5 septembre 2008




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Une Réponse à “AFP: Un ouvrier de PSA menacé de licenciement car trop souvent malade”
CES USINES QUI DÉVORENT SES OUVRIERS…
L’adoption du « Toyotisme » par les industries automobiles européennes n’est pas étranger au malaise des salariés en particulier des ouvriers de ce secteur.
Ce système de production élaboré dans les années cinquante par un ingénieur japonais, Taiicho Ohno vise à rationaliser le processus de production en évitant toute perte de stock et de gestion du temps de travail des collaborateurs.
Cette méthode de travail repose sur plusieurs principes tels que le « just-in-time », le travail en équipe, le management par le stress, la flexibilité des travailleurs, les pyramides de sous-traitance, le management participatif…
Dans le fordisme, l’ouvrier n’était que responsable de sa production. Chez Toyota et chez tous les contructeurs automobiles qui ont désormais copié ce modèle, l’ouvrier est responsable de sa production au regard de son équipe « team », mais aussi du « team leader », du « group leader », du « team manager »…
Variable essentielle de ce modèle économique, l’ouvrier subit une forte hausse de sa productivité par autodiscipline en intériorisant les contraintes de production fixées par sa direction, par pression de son groupe (« team ») sous peine de se faire ostraciser par les autres membres et enfin par les différents échelons de supervisation.
La conséquence est certes physique avec une recrudescence des troubles musculo-squelettiques (TMS) : tendinites à l’épaule, syndrome du canal carpien, affections au genou ou au pied… Cela représente 70 % des maladies professionnelles en France et un arrêt maladie sur quatre.
Ces pathologies ne sont pas les seules : elles ne prennent pas en compte toute une série de signes infra-pathologiques (maux d’estomac, psoriasis) qui précèdent les TMS. L’extrémité de cette chasse au temps est hélas le suicide.
Comme dans l’affaire du technocentre Renault, on parle beaucoup des suicides liés au travail mais jamais de toutes ces pathologies liées aux cadences accrues et à la gestion par le stress.
Il serait temps que les entreprises assument leurs pleines responsabilités et cessent de rejeter leurs salariés brisés.
A lire : « Toyota : l’usine du désespoir » de Satoshi Kamata, éd. Demopolis
Lien sur Groupe d’ Etudes et de Recherches Permanent sur l’ Industrie et les Salariés de l’ Automobile : http://www.gerpisa.univ-evry.fr/