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Sans le RER et les banlieusards, le coeur de Paris s’arrête de battre

13 mai, 2020 à 16:42 | Posté par

StreetPress.com a questionné la sociologue Marie-Hélène Bacqué, extraits:

« Ce sont les populations aisées, avec des emplois qualifiés, qui sont dépendants des personnes qui occupent des emplois précarisés. Les livreurs, les aides-ménagères, les femmes de ménage, les gardiens… Toutes ces personnes ont continué à travailler pendant le confinement et ont permis aux autres de rester confinés », explique la sociologue Marie-Hélène Bacqué. Et le RER est le fil qui relie ces deux mondes…

J’ai choisi le RER B pour deux raisons. D’abord parce que je voulais refaire le voyage qu’avait fait François Maspero en 1989, cela me permettait de voir comment la banlieue avait évolué et me donnait un certain nombre de points de repères. Ensuite car c’est la principale artère de dessertes qui va du Nord au Sud et du Sud au Nord. Elle traverse des territoires très différents. Elle va des banlieues très pauvres, notamment la Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France métropolitaine, à des banlieues très aisées dans le Sud (Orsay, Sceaux)…

Comment les paysages ont-ils évolué en 30 ans ?

D’abord, le périurbain a beaucoup évolué. Si on va aux confins de l’aéroport de Roissy, on découvre des villages qui ont accueilli des lotissements habités par une population qui travaille dans la zone de Roissy ou à Paris. On peut dire que l’agriculture a continué à reculer dans ces secteurs, même si aujourd’hui il commence à y avoir une conscience de ces terres agricoles en Île-de-France…

Le deuxième élément, c’est que les grands quartiers d’habitats sociaux ont connu des transformations importantes au cours de ces dernières années à travers les programmes de rénovation urbaine. Les grands ensembles qu’avaient traversé François Maspero comme les 4.000 à la Courneuve ou les 3.000 à Aulnay-sous-Bois ont eu le droit à un lifting architectural. Une partie a été détruite, de nouveaux immeubles ont été construits. On a procédé à la résidentialisation, c’est-à-dire que les espaces publics ont été privatisés. La forme urbaine a donc été transformée, mais du point de vue social rien n’a changé : ces quartiers sont encore plus pauvres et ségrégés.

Les inégalités sociales se sont davantage creusées ?

Les banlieues les plus riches sont devenues de plus en plus riches et les quartiers les plus pauvres sont devenus de plus en plus pauvres. Il y a eu une polarisation de la richesse et une polarisation de la pauvreté. C’est tout à fait visible sur la ligne du RER B. Il y a toute une banlieue plus ou moins proche de Paris comme le quartier des 3.000 à Aulnay mais aussi certains secteurs à Aubervilliers et à Saint-Denis qui connaissent des processus de paupérisation important…

Le RER est-il un lieu de rencontres entre des personnes qui hors wagon ne se côtoiraient pas ?

Je serai plus nuancée, c’est un lieu de coprésence…Si vous prenez le RER à 6h du matin, vous avez peu de chances de côtoyer des cadres. Quand vous arrivez à Gare du Nord, il y a toute une population qui descend et une autre qui monte à Paris pour aller vers le sud de la capitale. La mixité est toute relative.

A 6h30 comme le montre la vidéo que nous avons mis en ligne, la plupart des usagers entassés dans le RER proviennent des populations issues de l’immigration. Ce sont ceux qui pour la plupart résident dans nos quartiers populaires.

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