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Concours de poésie, ter.

7 janvier, 2008 à 11:19 | Posté par

Pub_concourspoesiemonaulnay
Me revoici donc avec l’insigne honneur de déclarer le premier concours de poésie en ligne "MonAulnay.com" officiellement clos. Dans la foulée je vous annonce les résultats, ainsi l’attente sera courte et se passera de numéros surtaxés…
And so the winner is
…André Cuzon !
Soyons honnêtes, et c’est une déception, nous n’avons reçu qu’un seul texte… (ben alors, vous n’osiez pas ? La poésie n’est pas l’âme réservée de brillants littérateurs, où sont nos apprentis slameurs aulnaysiens par exemple ?…)
Mais ce n’est que partie remise pour la prochaine fois, n’en doutons pas. Heureusement le seul texte reçu est excellent, et c’est pourquoi nous le publions ici. Un grand merci et un grand bravo donc à M. Cuzon pour cette belle page de poésie consacrée à notre ville :

AULNAY MON AMOUR

Hiroshima mon amour    1959
Aulnay mon amour        1980

Banlieue mon amour
Aulnay aux 3000 vents de la rose
Venus de partout isolés ou ensemble
Année après année, génération après génération
Nos mémoires de banlieues ne sont pas historiques
Les mémoires ici comme les vies n’ont qu’un seul âge

Un vent de noroît fit venir avant guerre des polonais nombreux
Qui travaillèrent longtemps aux Radiateurs et dont la langue
s’entend sur le marché du Gros Peuplier
quand les femmes se retrouvent

Une brise d’ouest fit venir – depuis le début du siècle
Mais particulièrement après la guerre
Des bretons démobilisés et débauchés, cherchant logement,
cherchant emploi au Bourget, aux Freins,
à la Compagnie Electro-Mécanique,
à la poudrerie de Sevran.
Avec les bretons ce sont tous les ruraux de France  qui montent à Paris
Pour vivre et travailler dans nos banlieues industrielles.

Un vent d’autan chaud du sud amena des colonies algériennes
Rafales après rafales dans les moments mêmes où la solidarité d’une part
Et les ratonnades d’autre part se développaient
Dans la nuit des rues d’Aulnay endormies.
Des ruines de leur pays ils venaient ici construire.

Un vent tropicalizé des Antilles d’Amérique
Du centre de l’Afrique
Des îles de l’Océan Indien
Exila pour survivre ici, des fonctionnaires des postes
Et des travailleurs en équipe à Idéal Standart dans la fournaise

En même temps les portugais refusant le service militaire en Afrique
Choisissent le travail sans fin dans nos banlieues
Comme les espagnols et les italiens avant guerre.

Récemment bon gré mal gré des laotiens, des cambodgiens
après les vietnamiens, rapidement se retrouvaient
dans les tours des 3000
Et dans les supermarchés à Carrefour ou à Euromarché
Derrière les caisses ou entre les rayons.

Puis pour le deuxième hiver, les gens du voyage éloignés de Paris
Par la raréfaction des terrains vagues se retrouvent entre deux expulsions indignes
Sur le bord des routes qui enserrent Aulnay
Ou sur les parkings ou terrains encore disponibles.

Les banlieusards que nous sommes sont des voyageurs
Ils viennent d’ailleurs, ils finiront par s’en aller un jour ou l’autre.
Ils partent tous les matins pour aller ailleurs dans la ville.
Les réseaux conduisent à la ville exclusivement.
A l’intérieur de nos banlieues on n’a pas lieu de se déplacer.
Notre lieu est au ban de la ville.

Notre relation au temps c’est notre ancienneté dans la banlieue :
A peine arrivé dans les pires conditions de logement, de trajet, d’emploi
Puis au bout d’un longtemps le banlieusard arrive souvent
comme à un but en soi
A avoir son pavillon ou son logement, assurance pour la retraite
Ou monnaie d’échange pour un retour au pays.

Les pavillons de nos banlieues racontent nos misères et nos richesses.
Les misères d’une ville sans nom,
de gens qui ne se co-naissent qu’au bout
du temps qu’il faut.
Les richesses de nos vies de travail qui finissent par se dérouler
jusqu’au bout
dans nos rues de banlieue.

Avec le temps les rues et les quartiers vivent réellement ensemble.

Nonneville avec la longue rue qui y mène
Le Parc avec son ancienne-mairie-CES et ses allées fleuries
Le Pont de l’Union et les Prévoyants autour de leurs écoles primaires
et le long du canal de l’Ourcq.
Du pont de la Croix Blanche au Pingouin, par la rue Arthur Chevalier vers L’Oréal et Idéal.
De la gare à La Négresse par la route des Petits Ponts, les immeubles SNCF
et le foyer baraque.
Au nord de la voie ferrée côté Mairie ou côté Anatole France
Ou encore vers Blanc-Mesnil via la Tour Eiffel
Et plus loin jusqu’à Balagny

Le vieux Pays ou plutôt ce qu’il en reste est la frontière
entre les quartiers anciens  et les nouvelles cités qui inquiètent tant.

Des noms de fermes, de lieux-dits, de lieux inhabités ou inconnus
ou inventés de toutes pièces en 20 ans résument dans leur peu de lettres
des cités qui sont des villes sans nom, sans passé, sans futur
des villes pleines d’habitants, de vivants
qui se battent ou qui désespèrent
qui essayent de se battre contre le désespoir.

ORMETEAUX         SAVIGNY         GROS SAULE
EMMAÜS                 MERISIERS       ETANGS

CITE NOUVELLE !
CITE DE LA ROSE DES VENTS paraît-il
Des aquilons, des zéphirs !

CITE des 3000 telle que la vivent les habitants des 3132 logements
Dominés par la publicité du centre commercial GALION 3000
Et par le propriétaire privé d’Aulnay-Nord : le Logement Français
(5.000 logements construits en quelques 10 ans qui aujourd’hui abritent des familles du monde entier)
Logement Français colonialiste reconverti colonialiste de l’intérieur
avec son grand voisin du nord
CITROËN le crime
Aujourd’hui quatorze octobre 1980
après le séisme d’EL ASNAM
Ici nous redoutons tous les jours le séisme de la misère,
de l’indifférence,  du racisme,

de l’INDIFFERENCE
TOUS LES JOURS

27 novembre1981

dédié à RADIO VIA
ce texte sur AULNAY IRRADIE
rendez-vous de vivants qui aiment
VIA AULNAY-SOUS-BOIS
Hier carrefour dans la forêt
Aujourd’hui lieu de rassemblement
Du peuple multiple
Sur le chemin de l’Unité

André Cuzon

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