Education

Clément Dirson sur l’éducation prioritaire: « Ne pas jouer au bonneteau avec les établissements »

10 décembre, 2014 à 7:20 | Posté par
L’Humanité a publié le 4 décembre 2014, trois tribunes libres sur la réforme de l’éducation prioritaire.

La nouvelle carte de répartition des 1 082 réseaux d’éducation prioritaire mobilise contre elle les exclus des réseaux, sortis du dispositif ou ceux qui n’entrent pas dans les critères du ministère 
de l’Éducation nationale. Les enseignants et parents d’élèves dénoncent la logique strictement administrative et comptable du choix des réseaux déconnectés.

« Ne pas jouer au bonneteau avec les établissements »
Par Clément Dirson, coresponsable du Syndicat national de l’enseignement secondaire 
de l’académie de Créteil
La mobilisation s’intensifie dans l’éducation. Jouer au bonneteau avec des établissements sans partir des besoins et de la réalité de terrain est perçu comme totalement inacceptable. Aux collègues qui aujourd’hui sortent de l’éducation prioritaire, on dit : « D’autres établissements ont davantage besoin de ces moyens que vous. » Or, ils constatent que c’est faux. Les enseignants ne comprennent pas pourquoi des situations équivalentes n’aboutissent pas à des traitements équivalents de la difficulté scolaire. Au départ, ils hésitaient à réagir, en Seine-et-Marne par exemple, ils se disaient que la pauvreté en Seine-Saint-Denis était bien plus prégnante que dans leur département. Mais en regardant de plus près leur situation, ils ont constaté qu’elle prenait des formes différentes dans des zones plus rurales mais qu’elle était bien réelle. Les indicateurs qui leur étaient donnés mettaient complètement de côté l’isolement des familles, l’éloignement de la culture comme l’absence de fréquentation régulière de lieux culturels. Ce que l’école doit compenser.
Ce constat trouve désormais une résonance dans les salles des professeurs qui s’exprime par la solidarité entre établissements et la dénonciation de la dégradation des conditions de travail. La promesse qui est faite aux écoles qui sortent de l’éducation prioritaire de voir leurs effectifs augmenter aggrave l’exaspération des professeurs. Les attentes des familles et des élèves ont évolué et ont amené les enseignants à changer fortement leurs pratiques. Ils demandent une prise en charge et une attention plus individualisées. L’écart entre ces attentes, ces nouvelles pratiques, et la réalité de ce qui peut se passer dans une classe à 28 ou 
30 élèves crée le sentiment d’un « travail empêché » chez les enseignants et énormément de frustration et de déception chez les familles et les élèves. De ce fait, les conditions d’exercice normales dans un collège banal sont aujourd’hui perçues comme pénibles par un grand nombre d’enseignants. Les élèves qui n’ont pas un héritage culturel et social qui les mette en situation de réussir naturellement à l’école n’y sont pas suffisamment mis en situation de réussir malgré les efforts déployés dans les établissements. Nous constatons que nous sommes trop souvent incapables d’ouvrir un avenir aux enfants qui nous sont confiés.
François Hollande, lorsqu’il était candidat, a beaucoup parlé de la priorité donnée à la jeunesse. On s’aperçoit que ce n’est pas le cas. Que la crise de l’école s’aggrave et les moyens pour y répondre, présentés comme une relance de l’éducation prioritaire, sont les mêmes que précédemment à quelques milliers d’euros près, un chiffre qui peut paraître important mais qui, ramené au nombre d’élèves, n’est pas suffisant.
Une partie des enseignants sont en souffrance professionnelle. Cette souffrance résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : le changement profond de philosophie que Nicolas Sarkozy avait initié dans l’éducation prioritaire qui consistait à faire réussir quelques-uns et à abandonner la grande masse des jeunes des quartiers populaires à l’échec ; les suppressions massives de postes qui ne sont pas compensés en raison de la crise de recrutement dans l’éducation nationale – qui s’explique par le fait qu’un enseignant commence avec 1 388 euros après cinq ans d’études.
Le fait de renvoyer la responsabilité de l’échec scolaire aux jeunes et à leurs familles est un discours grossier. On met les gens dans des situations socio-économiques compliquées, on les ghettoïse. On reproche aux enfants des pauvres de ne pas être assez encadrés par leur famille, or on dérégule le marché du travail et on empêche les familles de s’occuper de leurs enfants. En France, 1,56 % du budget de l’éducation nationale est consacré à l’éducation prioritaire contre 4 % dans les pays de l’l’Organisation de coopération et de développement ­économiques. Najat Vallaud-Belkacem parle beaucoup d’égalité mais cela reste des mots.

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