Invitée d’honneur de la section «Sargal Doc» lors de la 17e édition du Festival de cinéma documentaire de Saint-Louis du Sénégal (Saint-Louis Doc), la cinéaste aulnaysienne, Alice Diop revient sur ses terres d’origine. Vingt ans après ses débuts, elle jette un regard sans complaisance sur sa trajectoire, évoque son rapport viscéral au territoire, l’apaisement de ses identités multiples et cette urgence absolue de créer qui lui sert de boussole.
Quel lien gardez-vous aujourd’hui avec le Sénégal et, plus largement, avec le continent africain ?
C’est un lien constant et ininterrompu. J’ai une maison ici et je reviens très souvent au Sénégal, environ deux à trois fois par an. C’est une relation continue qui s’enrichit de jour en jour.
Vous questionnez constamment la société. Est-ce que cette démarche nourrit votre propre quête d’identité en tant que femme, cinéaste, Noire et Africaine ?
Sans doute, mais cela dépend des projets. Je ne suis plus du tout dans le tiraillement entre deux cultures, comme j’ai pu l’être il y a vingt ans. Aujourd’hui, je suis très apaisée avec toutes mes identités. Je me sens pleinement Sénégalaise et pleinement Française.
Si l’on retrace votre filmographie, vous débutez en 2006 avec La Tour du Monde, tourné à Aulnay-sous-Bois où vous avez grandi, puis vous enchaînez avec Sénégalaises et Sénégalais dans votre sphère familiale au Sénégal. Y’avait-il une volonté de comparer l’enfance que vous avez eue en France avec celle que vous auriez pu avoir au Sénégal ?
Non, je ne le pense pas, car ces films sont très différents. J’ai revu Sénégalaises et Sénégalais ici à Saint-Louis pour la première fois depuis des années. Ce film répondait à un besoin intime de combler un manque de transmission. Ma mère est morte quand j’avais 17 ans, je ne connaissais pas ma famille d’origine, mes tantes, mes cousines. Ce long métrage était une rencontre avec cette famille avec laquelle je n’avais pas pu tisser de liens durant mon enfance, une manière de faire le point sur un héritage amputé. Les deux projets répondaient donc à des dynamiques distinctes.
La figure du RER est centrale dans votre cinéma, notamment dans La Mort de Danton et plus tard dans Nous. Que symbolise ce transport pour vous ?
C’est un rapport direct à mon territoire d’enfance et à mes trajectoires, à la fois sociales et géographiques. Le RER incarnait le cordon ombilical entre la banlieue -un territoire souvent stigmatisé et excentré, où j’ai grandi- et le centre de Paris, où j’aspirais à construire ma vie. Pendant très longtemps, il a symbolisé la passerelle entre ces deux mondes.
Après vingt ans de carrière, quel est le moteur qui vous pousse à continuer à faire des films ?
Le cinéma est le seul moyen que j’aie trouvé pour répondre aux questions qui m’obsèdent. J’aurais pu devenir écrivaine, universitaire ou enseignante. Je n’ai jamais rationnellement planifié de devenir cinéaste ; cela s’est imposé à moi comme la forme d’expression la plus juste pour interroger le monde, transmettre, et aussi pour réparer.
Source et photo : https://www.seneplus.com


















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