Logement, Rénovation urbaine, Urbanisme

Le choix de rénover plutôt que de démolir

18 avril, 2005 à 7:48 | Posté par

Je vous livre un article du journal L’Humanité du 8 avril 2005, que vous pouvez trouver en cliquant ici.

« Trois architectes s’élèvent dans une étude récente contre les destructions systématiques de grands ensembles. Pour eux, ces lieux sont porteurs d’« un potentiel de qualité », qui peut « générer de la valeur ».

Plutôt que de démolir, ils ont choisi d’embellir. À contre-courant des discours prônant la démolition comme solution aux problèmes de ghettoïsation des quartiers, les architectes Jean-Philippe Vassal, Anne Lacaton et Frédéric Druot, auteurs du rapport + PLUS, les grands ensembles de logements, territoires d’exception (1), préconisent avant tout la transformation de l’existant. Dans un contexte de pénurie et de crise du logement, « une politique de la ville tournée vers la démolition, lancée sous l’argument très discutable d’une bonification des conditions de l’habitat, n’est en rien inévitable » et est même impensable, estiment les auteurs.

Pour ces architectes, rompus aux problématiques de logements, et à l’aura internationale, ces tours et barres vilipendées de toute part portent en elles « un potentiel de qualité » qu’il s’agit d’exploiter à bon escient au lieu de le nier. Certes, reconnaissent-ils d’emblée, les grands ensembles sont « en inadéquation parfaite avec le besoin actuel d’habiter ». Doit-on pour autant les raser sans avoir au préalable chercher à en tirer le meilleur parti ? La logique de la table rase, extrêmement virulente dans les opérations actuelles de renouvellement urbain, conduit à remplacer les tours et barres par des immeubles de deux ou trois étages, censés répondre aux attentes des gens et résoudre des problèmes qui sont avant tout sociaux. « En fait, ce sont surtout ceux qui n’habitent pas ces quartiers et les édiles qui ont du mal à accepter la présence des barres, note Jean-Philippe Vassal. C’est curieux, car quand les barres se touchent, en ville, elles disparaissent, elles ne gênent plus. C’est quand elles sont visibles qu’elles posent problème ».

Plutôt que de mettre en avant une forme urbaine nouvelle, basée sur la résidentialisation et des constructions de faible hauteur, les auteurs du rapport entendent valoriser les logements en proposant de leur rendre le « luxe » qui leur fait défaut. Le but est avant tout de « maintenir un lien avec l’existant, (de) le considérer comme un réservoir de valeur. » Au même titre que les espaces industriels et les ateliers urbains, « les grands ensembles sont aujourd’hui les seuls territoires capables de permettre la réalisation de logements d’une très grande générosité dans un cadre économiquement maîtrisé. Ils sont à ce titre des biens patrimoniaux capables de générer de la valeur », argumente Frédéric Druot.

Pour étayer leur point de vue, ils ont réalisé une étude architecturale sur différents quartiers inscrits dans le programme de renouvellement urbain dont celui d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Le projet actuel porté par l’ANRU prévoit la démolition de 821 logements, la reconstruction d’autant, ainsi que des réhabilitations de masse (autour de 1 600). Rien que pour la démolition des 821 logements, 35 millions d’euros seront nécessaires et plus d’une centaine (109) sont budgétés pour la reconstruction du même nombre, soit au total 144 millions d’euros. Le coût par logement est donc de 175 000 euros. L’étude réalisée par les auteurs du rapport porte sur quatre tours devant être détruites (224 logements), ainsi que sur deux tours voisines, non promises à démolition, qui abritent 112 appartements. Ils proposent de requalifier ces six tours en agrandissant les logements et en ajoutant une terrasse à chacun. La surface des T3 passerait ainsi de 73 m² à 130 m², dont 32 m² de terrasse. L’agrandissement de 288 appartements est assuré par l’annexion de 48 logements qui seront donc reconstruits sur le site. Coût total HT de leur projet pour les 336 logements : 17 106 320 euros, soit 50 000 euros par logement.

Cette solution apparaît beaucoup plus économique en termes de coût financier et humain, même si un certain nombre de coûts (déménagement, relogement, perte d’exploitation des bailleurs, etc.) ne sont pas pris en compte. On peut cependant espérer qu’avec le solde restant (autour de 120 millions d’euros) il soit possible de les payer et même de garder de l’argent pour construire ailleurs. Il manque actuellement en France entre 600 000 et 800 000 logements sociaux rappellent les auteurs. »

C. P.

(1) Étude réalisée en août 2004 pour le ministère de la Culture et de la Communication.

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9 Réponses à “Le choix de rénover plutôt que de démolir”

bonjour. le point de vue de lacaton/vassal me semble interessant. comment peux-t-on se procurer cette étude ?
ps: bonne route à ce nouveau blog démocratique.

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En effet, je trouve ce point de vue très intéressant. D’ailleurs, c’est pour cela que je le fais partager aux lecteurs de MonAulnay.com grâce à l’article de l’Humanité. Cependant, j’ai recherche sur Google, Alapage.com ou la Documentation française et je n’ai pas trouvé trace de ce rapport et c’est bien dommage.

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Pourquoi on nous a jamais parlé de cette solution ? Non, le Maire qu’on a même pas élu préfère démolir à tout va sans demander ni dire aux gens ce qu’on va faire d’eux c’est lamentable !

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C’est en effet la question que je me suis posé quand j’ai découvert cet article. En effet, M. Gaudron et son équipe aurait pu étudier l’idée de ces trois architectes.
Enfin, je regrette comme toi que la municipalité fasse de l’information et de la concertation au rabais sur le Projet de rénovation Urbaine.

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Ce rapport est quasi introuvable. Il n’est pas dans les bibli d’écoles d’archi, ni au Pavillon de l’Arsenal à Paris. Il n’a pas du plaire à l’équipe actuelle du min. de la Culture.
Mais je vais essayer de l’emprunter à une connaissance, de le scanner et de le mettre en ligne.

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Rapport introuvable peut-être parce qu’il dit ne vas pas dans le sens des décisions politiques actuelles que ce soit au niveau national que local.

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Après quelques recherches et coups de fils j’ai pu me procurer ce fameux rapport. Il est sensé être public et gratuit aussi vous pouvez faire une demande ecrite a cette adresse:
Ministère de la culture et de la communication
Direction de l’architecture et du patrimoine
Département de la communication et de la documentation
Centre de documentation
182 rue Saint Honoré
75033 Paris cedex 01
Ce rapport est tres bien fait et je vous le recommande a tous

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Merci d’avoir cherché et indiqué comment se procurer le rapport.

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FREDERIC DRUOT ARCHITECTURE a le plaisir de vous annoncer la parution du livre
« PLUS. LES GRANDS ENSEMBLES, TERRITOIRES D’EXCEPTION »
auteurs : Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal
éditeur : GG Gustavo Gili
édition multilingue : Français – Anglais – Espagnol
disponible sur le site de l’éditeur, chez les distributeurs spécialisés, et les sites de vente en ligne habituels
contact : info@druot.net website : http://www.druot.net editors page : http://www.ggili.com
NOTE DE L’EDITEUR :
Dans les années 60 et 70, de nombreux ensembles de logements collectifs ont été bâtis en France,
ainsi que partout en Europe, et bien qu’ils aient servi à remédier le pressant besoin d’habitations de l’après-guerre,
aujourd’hui ils présentent des graves insuffisances.
Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal font face à cette problématique d’un point de vue nouveau
et proposent une transformation radicale pour les adapter aux modes de vie actuels.
« Il s’agit de ne jamais démolir, ne jamais retrancher ou remplacer, toujours ajouter, transformer et utiliser ».
Voici le point de départ sur lequel se base leur proposition. En partant de l’analyse des éléments qui constituent le logement,
en suivant un parcours qui va de l’intérieur vers l’extérieur du bâtiment, les auteurs récupèrent le plaisir d’habiter
en adoptant une attitude précise et délicate qui tient compte de tout l’existant.
Les sept projets présentés ici sont le résultat de leur démarche : quelques-uns sont exposés comme des études,
tandis que les autres sont des projets qui ont gagné des concours d’architecture
et qui constituent le prolongement de leurs objectifs et des idées développées dans les premiers.

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